Les Echos parlent de la démarche de la FEP et donnent la parole à Yanet et Proclair

Propreté : le difficile défi du passage au ménage en journée

MARION KINDERMANS / JOURNALISTE |

La fédération vient de lancer une série d’outils pour aider les entreprises à aménager les horaires de travail.

Horaires anarchiques, travail en décalé aux deux extrémités de la journée, temps de transport plus longs que les temps de travail, qui ne dépassent guère les deux ou trois heures… tel est le quotidien des agents de propreté, à 67 % des femmes. Depuis une dizaine d’années, la profession, consciente de son déficit d’image alors qu’elle est en plein développement, a pris ce sujet à bras-le-corps. Le livre de Florence Aubenas, « Le Quai de Ouistreham », paru en 2010, où elle décrit ces conditions de travail difficiles, a mis un coup de projecteur sur le métier. En plus de ces rythmes hachés, il bat le record des temps partiels (75 % des emplois concernés). Dans le cadre de son programme de développement durable lancé en 2007, la Fédération des entreprises de propreté et services associés (FEP) a mis au centre des enjeux l’amélioration des conditions de travail. Après la signature – laborieuse – en mars 2014 d’un accord sur le temps partiel, passant de dix à seize heures hebdomadaires au minimum (contre 24 heures dans la loi), la profession veut se concentrer sur cette question du travail en journée. Des solutions existent : favoriser les regroupements d’heures, passer le maximum de prestations aux horaires de bureau, inscrire ces obligations dans les appels d’offres… Depuis le début de l’année, la FEP a mis en place des outils pour accélérer le mouvement. Fin mars, un site Internet – « La propreté en continu en journée » – consacré au travail en journée a été lancé. Cette boîte à outils regroupe des fiches de méthode des bonnes pratiques. La fédération propose des formations pour les dirigeants, pour les binômes entreprise de nettoyage-donneur d’ordre, ou pour les agents de propreté.

L’Etat se fixe des objectifs

Pour l’instant, sur le terrain, les initiatives sont au compte-gouttes. La région Ouest a été pionnière en la matière. Sous l’impulsion de Nantes, donneurs d’ordre publics et privés ont rédigé en 2009 une charte d’engagement. L’Etat a publié le 6 novembre 2013 une circulaire avec des objectifs chiffrés (60 % des sites de chaque département ministériel et 30 % des prestations de nettoyage devront être réalisées en journée d’ici à 2017). Plusieurs régions, toujours dans le Grand Ouest, ont franchi le pas (Aquitaine, Pays de la Loire, Bretagne, Basse-Normandie…). Mais l’évolution, surtout dans le privé, se fait à très petits pas. « A part quelques exemples de grands groupes [NDLR. Danone, La Poste…], le nombre de donneurs d’ordre qui sont passés au nettoyage en journée n’est pas signifiant. Cela reste un voeu pieux. Ils ont encore peur que cela perturbe le travail de leurs salariés », regrette Manu Lecot, secrétaire national CFDT à la fédération des services.

La fédération reconnaît aussi les blocages chez ses adhérents. « C’est une vraie révolution pour notre profession. Cela nécessite des ajustements, complexes, qui prendront du temps : de la formation, l’utilisation de matériel moins bruyant… », décrit Bertrand Castagné, président de la commission sociale de la FEP. Pour lui, environ 10 % de la prestation doivent être conservés en horaires décalés, le reste pouvant aisément passer en journée. « On se donne un an pour faire le point », déclare le président de la FEP. Et pourtant, le travail en journée permettrait d’augmenter rapidement la part des temps pleins.

Cette préoccupation n’est pas anodine. La filière a un besoin urgent de recruter et d’être plus attractive. Plus de 100.000 emplois ont été créés cette dernière décennie. Et cela va continuer. « C’est un secteur qui crée de l’emploi, avec un phénomène d’externalisation encore vivace, des embauches de remplacement pour compenser les départs en retraite et des niveaux de qualification très faibles », explique Bertrand Castagné. 13,5 % des salariés ont plus de 56 ans et 59 % des salariés sont même sans diplôme. Mais rarement choisi par vocation, le métier se doit aujourd’hui d’être moins pénible.

Marion Kindermans, Les Echos